Friends, shadow of beauty, wonderland and the shrike thorn tree (3)

Publié le par Akuna

Hej ami(e)s traileurs,

avant de lire cet article allez voir ici la première partie

 

I see friends shaking hands, they really say ...Papatrail, le surnom d'un bon ami, et c'est la quatrième fois d'affilée que le Mont Blanc se refuse à lui, le laissant désemparé et fataliste à ses multiples pieds. Pour ma part, je me sens téméraire tel un rookie écervelé, pour ma première participation je le sens dans mes tripes, la victoire sera mienne. Si ce sentiment, par capillarité, pouvait donner du cœur à Papatrail, ce serait un atout précieux dans le grand huit moral qui nous attend tous les deux.

Nous nous sommes préparés dans le fief de Pagnol du coté d'Aubagne, une stratégie finement élaborée est sortie de nos balades aux senteurs provençales. Nous décidons de partir sur une base de 40 heures pour boucler ce tour, sachant qu'à cette allure les barrières horaires, calées pour un temps maximum de 46 heures, ne nous importuneraient pas psychologiquement parlant.

L'autre point important était de bien identifier nos forces et faiblesses, nous devrions être de force égales lors des montées, par contre Papatrail est nationalement connu pour ses descentes de cabris (ou son poids plume fait toujours merveille). Par conséquent nous décidons de nous attendre mutuellement lors des descentes (le premier au sommet descend tranquille pendant que l'autre revient au train). Nous sommes bien conscients que cette stratégie pourrait et devrait nous pénaliser par rapport à une course solitaire. Néanmoins c'est l'objectif, être l'un pour l'autre la boussole morale durant l'épreuve ou tout du moins jusqu'à Courmayeur (Piedmont,Italie). La première nuit est sous le signe de la prudence tant les pièges sont nombreux (mauvaise gestion de l'hydratation, de la digestion, blessure, manque de sommeil...). Bref, objectif de garder le "coco" et le "Modjo".

 Pour se reconnaitre durant la nuit (quoi de plus anonyme qu'un traileur avec une lampe frontale la nuit!) j'ai une LED rouge clignotante attachée à l'arrière de mon sac salomon. D'autres, tels un sapin de noël, ont poussé le concept à l'extrême en arborant de véritable guirlande de diodes écarlates sur leur sac.

Comme chaque année la musique de Christophe Collomb (Vangelis- Conquest Of Paradise) retentit et nous prend au cœur.

 

 

 

 Catherine Poletti, le directeur de course sait toucher l'esprit et l'âme du coureur. Pendant des années, elle et son mari ont porté haut les valeurs qui caractérisent l'esprit trail (écologie, esprit sportif, compétition...). Et maintenant le flot des traileurs s'écoule telle une rivière dans les rues de Chamonix, la foule de spectateurs accompagnant en rythme la musique enivrante de Vangelis.

De nombreux amis coureurs ou spectateurs sont ici, leur applaudissements galvanisent nos pas. L'adrénaline, toute la tension accumulée par les coureurs depuis la rocambolesque ruée aux inscription de janvier dernier trouve un exutoire pendant ces quelques minutes un peu folles. Je suis un peu perdu, j' ai un visuel épisodique sur Papatrail, vivement que l'on quitte le troupeau pour être à notre rythme.

Je suis surpris par la nature du chemin en ce début de tour, beaucoup trop de route bitumée à mon gout. Je commence enfin à m'échauffer, la plupart des traileurs autour de moi courent continuellement même dans les montées. Je me limite à ne pas dépasser une frontière virtuelle au cardio fréquencemètre, et tiens scrupuleusement une hydratation (500 ml par heure). Autant d'actions qui se révéleront payantes des heures plus tard contrairement aux traileurs, qui trop enthousiastes, gaspillent des cartouches inutilement dans le feu de l'action.

UTMB 2008 (89)

Je rattrape Iza des Ufos

UTMB 2008 (92) 

La température, déjà trop élevée malgré l'heure tardive (19h), déclenche un ballet de déshabillage vaudevillesque. Mais bientôt les rayons de soleil léchant le sommet du mont blanc se retirent et la lumière, telle une traînée de poudre, s'invite dans nos lampes frontales. Si nos têtes portent la lumière, nos visages ne montreront plus quelque expression que ce soit: joie, fatigue, détresse ou peur. Tout juste entendrons nous de nos voisins des respirations rauques dues à l'effort, ou le bruit clinquant des bâtons touchant le sol.

 

 Le pit stop de Saint Gervais crève trop vite la bulle d'obscurité paradoxalement rassurante, de la couleur, des bruits nous éveillent à la réalité: nous sommes bel et bien au centre d'un évènement de grande ampleur, l'accueil, la ferveur de la foule me font penser au tour de France cycliste !

 

 Entre ces oasis de réalité, nous sommes dans un tunnel d'espoirs, de pensées et de rêves. Un rêve qui deviendra certes réalité à l'entrée de Chamonix dans quelques heures voire jours pour certains! Papatrail et moi sommes accompagnés par Tibichique,Françoise et Papet, leur présence constitue une aide morale très importante dans ces oasis. Elles nous tiennent au courant des uns et des autres et marchent brièvement à nos cotés. Elles mêmes, accompagnées de Papet, auront la tache ardue de nous suivre durant ce périple à travers les trois pays, et accompagnateurs cela représente une épreuve en soi, j'en sais quelque chose !

 Pour le moment, notre tactique fonctionne correctement. Papatrail m'attend au niveau des ravitos et des descentes. La via romana (et son éclairage pittoresque), la Balme et son feu de bois sont avalées sans coup férir, notre duo prend son rythme de croisière. Nous avons trouvé notre place dans le flot lumineux et grimpons à près de 13m/min. 

 

 

  Il est 1h15 du matin, pendant que des traileurs se réchauffent près du feu, (hum c'est plutôt le piège à éviter amha...), nous sommes pile dans l'allure de notre plan de marche (encore une fois merci Rémi notre grand calculateur d'allure).

UTMB 2008 (101) 

Tout baigne, la température cette nuit est clémente, un ciel étoilé semble accueillir affectueusement ce long serpentin lumineux qui s'étire au fur et à mesure du temps qui passe. Je suis ni en pleine forme ni à la rue, entre deux eaux, un peu dans de la ouate comme dirait une chanteuse...Mais en direction du col du Bonhomme, au niveau de la croix du même nom, une gêne au genou gauche externe commence à me faire douter, grrr même pas 40 km ! La mort dans l'âme, j'annonce à mon compagnon qu'il est préférable de continuer seul et que je compte m'arrêter quelques instants ici pour prendre ce que me propose le médecin puis, après la longue descente depuis le Bonhomme, de me faire strapper à l'infirmerie des Chapieux . En effet, si la douleur est largement tolérable, rien ne sert de courir sur du fragilisé, pas à plus de 120 km de l'arrivée...Cependant j'ai la ferme intention de le rattraper des les soins effectués ! Voila un premier accroc dans notre plan, s'il était attendu, cette précoce entrée dans la galère promet une sacrée partie de manivelles.

 Dans la descente assez technique, ma fidèle Led lenser n'est guère vaillante, son halo diminue dangereusement (j'aurai du prendre des piles neuves..), me laissant deviner plus que voir la topologie des lieux, je quitte plusieurs fois la trace et ce qui devait arriver arriva, je me tords violemment la cheville....J'hurle non pas de douleur (si un peu) mais surtout de frustration (tout déraille vindiou), je m'invective de tous les noms. Heureusement qu'il n'y avait personne aux alentours, c'eût été comique...Mon courroux a pour mérite de me réveiller intellectuellement parlant, je réfléchis et prends la bonne décision: arrêter de faire le bozzo ! Donc c'est: changement de pile pour ma frontale (comment fait on pour changer ses piles dans l'obscurité?...Ouf ma led rouge sur mon camelback ;)), ravitaillement personnel et prise de risque minimum dans cette descente.

UTMB 2008 (105) 

J'arrive aux Chapieux, je troque mon ancien jeu de pile pour un neuf (merci au stand...Petzl), c'est pas encore le temps de la soupe, il me faut plus qu'un médoc pour effacer la gène et espérer tenir, direction l'infirmerie. Le chrono file et je doute de pouvoir rattraper le temps perdu sur mon acolyte. On verra bien.

 

 Je prends tout de même une soupe, ou plutôt deux soupes car la première fut renversée sur les jambes, ah je constate que l'esprit de Bozo me hante encore...

Les traileurs se réchauffent de nouveau près du beau feu, chaud, accueillant...il est 4h30 du matin (barrière horaire 6h15). La tentation est forte mais c'est que j'ai toujours un Papatrail à rattraper. C'est le mors aux dents que je recommence cette partie de chasse-patate. Bonne nouvelle le strapping et le paracétamol sont efficaces, je ne ressens aucune douleur. La nuit m'enveloppe, mon esprit est focalisé sur un seul but, reconstituer le binôme au plus vite!

UTMB 2008 (112) 

 Graduellement, l'aube naissante ajoute des couleurs aux montagnes environnante, mais c'est justement cela qui me fait prendre conscience de la fatigue nerveuse accumulée, mes yeux ont du mal à accommoder. Il est temps de faire un sommeil flash, je m'isole derrière une bâtisse abandonnée au pied de la montée menant au col de Seigne pour dormir ...5 minutes. Dormir est un bien grand mot car c'est juste débrancher le centre d'attention suffisamment longtemps pour repartir de plus belle. Effectivement cela marche impeccable, je suis beaucoup plus alerte et remonte allègrement de nombreux concurrents.

UTMB 2008 (126) 

 Je retrouve un Cyril à la dérive, bien loin de son niveau réel, on essaye de faire un bout de chemin ensemble mais il est cuit physiquement. Décidément le long ne lui réussit vraiment pas pour le moment, il va aller le plus loin possible au courage (ce sera Courmayeur). Contrairement à lui je suis vraiment en forme, je double continuellement et espère bien revenir sur Papatrail dans peu de temps. Il est 7h, la vue, soleil levant, depuis le col de la Seigne est sublime, je distingue toute la vallée jusqu'à l'arête Favre et on devine  à l'horizon le grand col ferret. 

UTMB 2008 (143) 

UTMB 2008 (145) 

 

 

 La descente vers le lac Combal est un ravissement pour les yeux, je prends des photos à tire larigot. D'un point de vue photographique, le meilleur spot de toute la course ! J'en oublie presque ma poursuite sur le moment.

UTMB 2008 (192)
 

Le lac Combal est juste fantastique ici et maintenant, l'hélicoptère au dessus de nous en témoigne. Je prends des clichés et profite de cet instant pour emmagasiner ce présent de tous mes sens. (un état ressource, ancrage style PNL à utiliser pour plus tard). J'ai l'impression de vivre un moment exceptionnel !

UTMB 2008 (221) 

 Peu après débute de la montée vers l'arête Mont Favre , je vois clairement un minuscule point jaune:  la tente de l'organisation visible à des kilomètres nous rappelle que c'est un défi permanent, et que nous marchons sur le fil du rasoir. Un pas de travers et cette tendinite du genou risque de m'emporter vers l'abandon. Toujours pas de Papatrail, pourtant je ne chôme pas, je suis revenu à 30 minutes de notre plan de marche initial et je stagne à ce niveau. Les portables ne passent pas bien, je n'arrive pas à le joindre. 

En arrivant près de l'arête Favre, Grosnec (photographe professionnel et accessoirement kikoureur) me tire le portrait.

UTMB 2008 grosnec 

 Toujours pas de Papatrail, et toujours scotché à 30-45 minutes du plan de marche, mais je reste optimiste car mon strapping me permet de ne pas trop souffrir. Je redescend sur le col checrouit en espérant ne pas y trouver un papatrail à l'arrêt (c'était l'endroit de son abandon l'an dernier). C'est rageant de se savoir pas trop loin sans pouvoir se joindre, d'autant plus que je sais pertinemment que c'est la première nuit qui constitue son point faible (rétrospectivement j'aurais du demander aux pointages traverses sa dernière position, toujours un peu bozo...).

UTMB 2008 (274) 

 Tout au fond à cette heure (9h30), le grand col Ferret, Kilian Jornet le futur vainqueur,  doit finir de le grimper. Je croise Sam le girafon (Ufo), il commence sa longue remontée au classement. Col Checrouit est atteint sans souci notable, je poursuis dans ma lancée, désespérant un peu de ne pouvoir faire la jonction. A Courmayeur, point d'Antranik , je vise un temps de transition optimisé. Hélas, malgré tout mes efforts le changement de strapping, changement de sac, remplissage du melange caloreen, changement de chaussures et ravitaillement de pâtes, je passe énormément de temps (40-45 min). Tout cela me stresse et je ne suis pas zen. Je sais que l'Dingo (faisant équipe avec L'Blueb) n'est pas loin, j'ai bien la tentation de repartir avec eux mais on ne laisse pas tomber son "wingman". 

En sortant de Courmayeur, je retrouve Jacqueline et Françoise. Elle m'apprenne que Papatrail n'est pas arrivé ? Bozo que je suis, j'ai du le doubler sur un ravitaillement ! Quel coup du sort, bref je vais l'attendre ici. Jacqueline observe mon impressionnant bandage qui a nettement plus fier allure qu'au Chapieux (merci aux kinés et docs de l'organisation impeccable à tous points de vue). Elle me donne un anti inflammatoire pour contrer la douleur, dans ces conditions il faut faire extrêmement attention sur les médicaments, notamment les AINS, d'ailleurs ils ne sont pas donnés par les médecins de l'organisation. Il faut continuer à bien s'alimenter et bien boire, la suppression des messages de la douleur n'implique pas du tout la disparition de la cause. Par conséquent, je décide d'être très prudent sur ce genou et de volontairement être en dedans. Je bois toujours autant mais j'urine de moins en moins signe que la chaleur de midi est redoutable à présent.

Enfin Papatrail nous rejoint, il ne s'attarde pas à Courmayeur et préfère une pause prolongée du coté de Bertone. Mais avant il y a la montée du même nom, violente bien qu'ombragée, elle est cruelle avec les traileurs en difficulté. C'est le cas d'Antranik malheureusement, diantre, il se traine...Je rumine sur l'enchainement malchanceux qui nous a séparé, si j'avais été avec lui cette nuit j'aurai peut être pu voir si il avait fait quelques fautes d'alimentation ou autre. Avec des "si"...Jacqueline et Françoise prennent de l'avance sur nous et montent sur Bertone également.

UTMB 2008 (302) 

 Arrivés sur Bertone, c'est un peu l'hallali...on commence à être un peu court au niveau délai, mais si une pause il y a, ici cela le fera bien. Jacqueline masse Papatrail et propose ses services à d'autres traileurs étonnés d'avoir une kiné à cet endroit, Papatrail pique un somme, mais il n'arrive toujours pas à avaler le moindre aliment solide (rejet) et la boisson passe à peine. J'ai un mauvais feeling, sans carburant l'affaire est pliée, impossible de finir. Donc repos obligatoire jusqu'à l'extrême limite horaire puis tentative d'assimilation de carburant de nouveau.

 UTMB 2008 (308)

L'Dingo et l'Blueb ont le même dilemme, L'Dingo lui, est encore plus mal que Papatrail tandis que l'Blueb est en pleine forme. A 30 minutes de la barrière, nous nous mettons en route vers le refuge Bonatti, c'est souvent de la marche pourtant sur ce sentier en balcon. Je pourrai courir mais je sais que ma présence motive Anranik dans son baroud d'honneur.

 UTMB 2008 (318)

 Antranik est en difficulté depuis trop longtemps, à la faveur d'un mouillage de casquette dans une source, il m'avoue sa volonté d'en finir, plus d'énergie, plus d'envie, plus de Modjo. Je n'insiste pas trop car il lit dans mon regard la tristesse et aussi la réalité des choses: impossible d'aller plus loin sans s'alimenter. Avec les barrières horaires se rapprochant, il ne veut sans doute pas que je sois éliminé en l'attendant. Alors je me dis que je finirai pour lui, c'est le moins que je puisse faire. L'amitié est un puissant motivateur, et j'en aurai bien besoin pour affronter le shrike thorn tree (i.e. l'arbre de la douleur)...tout un programme!

 UTMB 2008 antranik_1

[La suite dans le chapitre du Shrike thorn tree....]

 

  1. Wonderland (Miss Fouly)
  2. the Friendship
  3. the Shrike thorn tree
  4. the shadow of beauty

Akuna

Publié dans Trail

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article